Charles et moi
- Glawdys de Villandry
- il y a 19 heures
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« La Bataille de Gaulle » : diptyque biographique d'Antonin Baudry (réalisateur du Chant du Loup), adapté de l'ouvrage de l'historien Julian T. Jackson.
J'avoue : je n'étais pas spectatrice neutre. Gaulliste de conviction, de longue date (en 69, il paraît que je l'appelais « Tonton Charles » quand son image apparaissait à la télévision…), de celles pour qui ce mot n'est pas une posture mais une façon d'habiter la politique, j'attendais ce film avec une impatience mêlée d'une légère inquiétude. On touche à de Gaulle comme on touche à une flamme — avec précaution.
Deux heures quarante. Elles sont passées comme ça. J'aurais volontiers enchaîné par le second opus… là tout de suite, sans même un pack de pop-corn !
Le film s'ouvre sur la débâcle, le chaos de juin 1940, la France qui s'effondre sous ses propres pieds. Et dans ce chaos, un homme — grand, raide, presque absurde dans sa certitude — qui tranche, seul, alors que rien ne semble susciter le moindre espoir : Non. Ce n'est pas fini.
Antonin Baudry choisit de ne pas faire un biopic au sens classique du terme : pas de chronologie scolaire, pas de révérence muséale. Il filme une conviction, une force obstinée qui défie le réel et, lentement, finit par le plier.

Simon Abkarian dans le rôle-titre, est une révélation. Pas une imitation — une incarnation. Il capte ce côté braque, cette intransigeance qui flirte avec la rigidité, cette incapacité à remercier ou à féliciter que j'avais appris à connaître à travers les cours du professeur Masson, du temps de mes études d'histoire. L'autoritarisme du Général est montré sans fard, sans complaisance — et c'est précisément ce qui le rend crédible, humain, et finalement admirable. Car ses défauts sont les revers de ses forces : la même droiture qui agace ses alliés est celle qui lui permet de tenir quand tout l'invite à céder.
Simon Abkarian que j'ai entendu prononcer ces mots chez Yann Barthès à propos de la langue ( lui qui parle également arménien et arabe ) : « on dit souvent je maîtrise le français, mais c'est le français qui me tient, qui me constitue, qui me maîtrise » est l'acteur parfait pour ce rôle… mais aussi parce que « Quand je dis le mot France, ce n'est pas un mot anodin. »

Mais la vraie surprise pour moi, c'est Simon Russell Beale dans le rôle de Churchill. Un Churchill caricatural ? Non — ambigu, savoureux, parfois franchement drôle, portant à lui seul le poids d'une relation faite d'admiration contrariée et de méfiance permanente. Les scènes entre les deux hommes ont une densité rare. J'aime cela au cinéma, je l'avais déjà évoqué pour Nuremberg.
Les grandes séquences militaires — Bir Hakeim, et plus douloureusement Mers El-Kébir — ont ce souffle épique que le cinéma français s'autorise trop rarement. On y croit. On y est. Et l'on ressort de certaines scènes avec cette sensation étrange d'avoir assisté à quelque chose de vrai.

Mes regrets ? Ils rejoignent ceux de plusieurs critiques : les seconds rôles, à quelques exceptions près — Benoît Magimel en Koenig, sobre et présent — restent à la surface. Leclerc, Moulin, Darlan… des noms, des costumes, à peine des présences. Le film de guerre choral est un exercice difficile, et Baudry n'échappe pas entièrement à cette limite.
Avant d'écrire cet article, j'ai parcouru la presse et ses critiques. Chacun joue sa partition… c'est naturel…
L'Humanité regrette que ce film, qui s'arrête en décembre 42, ne parle pas de la résistance des communistes… historiquement entrés officiellement en résistance après la rupture du pacte germano-soviétique qui leur a redonné une conscience nationale soudaine et brutale,
Libération place sa critique en cinquième position des sorties de la semaine dans la sous-rubrique « et aussi… »
Le Figaro dithyrambique, évidemment…
Mais la critique du MagduCiné est la plus intéressante à méditer : le film, dit-elle, ne serait pas à la hauteur de sa charge symbolique, dans une époque où les relents autoritaires reviennent. Je comprends ce que cela signifie — et je le comprends et pourtant, je pars du côté acquis de l'équation. Pour quelqu'un qui n'est pas gaulliste, qui arrive sans cette mémoire affective, le film suffit-il à convaincre ? À expliquer pourquoi cet homme, avec si peu, a tenu ? C'est une question légitime. Je ne suis pas certaine d'en avoir la réponse.
Ce que je sais, en revanche, c'est que je suis ressortie de la salle avec quelque chose que je n'avais pas tout à fait anticipé : une confirmation. Que le gaullisme — cette conviction que l'on peut défendre une certaine idée de la France avec courage, sans concession sur les valeurs mais sans mépris du réel — n'est pas une nostalgie. C'est une boussole. Aimer son pays, et ceux qui l'aiment, ce n'est pas du nationalisme, c'est de la survie.
Et dans la période que nous traversons, elle a rarement semblé aussi utile.
La deuxième partie sort le 3 juillet ( anniversaire de l'attaque de Mers El-Kébir ).
J'y serai !


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