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Disclosure Day

19 juin
3 min de lecture

Dernière mise à jour : 11 août

Il m'a fallu une bonne demi-heure pour entrer dans Disclosure Day. Une demi-heure à chercher la porte, à attendre que le film me prenne la main, et elle n'est jamais vraiment venue. Sensation rare devant un Spielberg : d'habitude, en deux plans, je suis dedans !

Le postulat, pourtant, avait de quoi séduire : Margaret, présentatrice météo du Kansas qui développe des pouvoirs télépathiques après un malaise en direct, et Daniel, lanceur d'alerte en cavale avec un secret d'État sous le bras. Deux trajectoires censées converger. Sur le papier, c'est du Spielberg pur jus : l'art de faire se rencontrer des gens que rien ne prédisposait à l'aventure. Sur l'écran, le montage parallèle reste poussif, presque scolaire : on coupe de l'un à l'autre sans que la tension monte vraiment, comme si le film cochait une case plutôt qu'il ne tissait un lien.

Les deux compagnons de route de Margaret et Daniel, ni assez en décalage avec l'aventure qui leur tombe dessus, ni assez surprenants dans leurs réactions, manquent singulièrement de relief pour exister par eux-mêmes. Ils réagissent comme on s'y attend, point.

Et pourtant, il y a du Spielberg là-dedans, du vrai. Quelques idées, l'empathie totale développée par Margaret qui lui ouvre toutes les portes et la sort de toutes les situations, la connexion d'esprit à distance, une séquence d'invisibilité étonnante, viennent percer la routine. Pas de quoi renouveler le genre, mais assez pour qu'on se souvienne qu'on est chez celui qui a inventé une bonne partie de cette mythologie-là. Mention spéciale pour le soin apporté à la reconstitution des images d'époque qui jalonnent le film. Un travail manifestement considérable, et dont je trouve qu'on ne profite jamais pleinement : il file, presque en arrière-plan, quand il aurait mérité un peu plus de temps à l'écran pour qu'on le savoure.

Reste la musique. John Williams, toujours là, à quatre-vingt-quatorze ans, et une partition qui porte le film à bout de bras dans ses moments les plus faibles.

Sur le fond, le film dépasse la simple fable extraterrestre : une entreprise privée, celle de Noah Scanlon (Colin Firth, que j'ai toujours eu mal à voir en « méchant » tant cet acteur transpire la gentillesse), qui aurait mis la main sur une technologie extraterrestre et l'aurait exploitée à son profit, sans qu'on sache vraiment comment ni jusqu'où, et dont la mission première est de maintenir le secret face à un peuple supposé incapable de recevoir l'information. Le terreau d'un scandale d'État, en somme, sauf que le film ne va pas au bout de son idée. On notera avec malice l'absence totale de toute figure présidentielle dans le récit : ce vide-là parle de lui-même.


Plus gênant, et à la fois révélateur : pourquoi toutes les visites extraterrestres se déroulent-elles, exclusivement en territoire américain ? Le détail prête à sourire de prime abord, vieux réflexe hollywoodien de faire du sol américain le centre du cosmos. Tout l'édifice du film repose sur l'idée d'un mensonge d'État savamment maintenu depuis des décennies ; or un tel mensonge ne tient que si le phénomène reste cantonné à un seul pays, donc à un seul appareil de pouvoir capable de l'étouffer. Dès l'instant où l'on internationalise le sujet, et il n'y a aucune raison sérieuse que des extraterrestres se limitent aux frontières américaines, le postulat scénaristique s'effondre ; une preuve de plus de sa fragilité.

Un ami avec qui j'ai vu le film n'y trouve, lui, presque aucune qualité de mise en scène, un Netflix correct, pas plus. Mais il y voit autre chose, et c'est ce qui me retient de balayer le film d'un revers de main malgré ses défauts : moins un film qu'un signal, le geste d'un cinéaste légendaire qui choisit de préparer le grand public à l'idée que nous ne sommes pas seuls. Une lecture qui déplace le débat, peu importe alors que le scénario tienne ou non la route, l'essentiel serait ailleurs, dans le message envoyé plutôt que dans la façon de le raconter. « Que valent nos éternelles querelles de pouvoir, de territoires, de religion, face à ça ? » Je n'ai pas de réponse, mais la question vaut sans doute mieux que le film qui l'a posée.

Disclosure Day n'est donc pas le grand retour que j'espérais, ni le naufrage que certains spectateurs dépeignent. C'est un Spielberg en demi-teinte, généreux par instants, paresseux par d'autres, porté, plus que par le scénario, par son message… et sa musique.

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