L'Odyssée de Christopher Nolan
- Glawdys de Villandry

- 28 juil.
- 3 min de lecture
Dernière mise à jour : 11 août

Il y a quelques semaines, dans un café près de l'Odéon, j'ai fait le compte sur un coin de nappe en papier : Following, Memento, Insomnia, Batman Begins, Le Prestige, The Dark Knight, Inception, The Dark Knight Rises, Interstellar, Dunkerque, Tenet, Oppenheimer. Douze films, douze obsessions déclinées : la mémoire, la culpabilité, le vertige des grandes machines humaines. Et voici le treizième : L'Odyssée. Ulysse en 70mm, Homère porté par un casting qui a dû coûter, à lui seul, le PIB d'une petite cité grecque.
Visuellement, c'est magnifique. Le choix de limiter au maximum le numérique donne une photo plus réaliste, plus vraie : la mer est la mer, le vent est le vent, et ça se voit à l'écran.

Matt Damon continue, film après film, à construire une carrière exceptionnelle : ici, héros tourmenté, brute épaisse et amoureux fidèle, général déterminé et chef pétri de doutes, cinquantenaire flamboyant, mais acteur réservé. Vingt ans après La Mémoire dans la peau, il me surprend encore, c'est suffisamment rare pour être noté.

Anne Hathaway évite le piège de la fidèle éplorée : sa Pénélope tient tête, calcule, gouverne une maison assiégée sans jamais céder un pouce.
Charlize Theron compose une Calypso troublante, entre séduction et manipulation. Un brin moderne peut-être dans son apparence.

Peu de texte, de courtes apparitions, la présence de Zendaya n'en est pas moins profonde. Ses regards pèsent autant que des mots. Elle n'interprète pas Athéna : elle l'incarne.
Tom Holland et Robert Pattinson, en revanche, sans même parler d'Elliot Page, m'ont paru «un peu» justes côté présence physique, pour incarner des héros homériques.
N'est pas Achille qui veut.
Un grand film, donc, dans la droite ligne de Dunkerque et Oppenheimer.
Le dernier acte, en particulier, est brillant : sept ans de violence contenue qui explose, mise au service de son pays, de son épouse et de son fils unique.
Ça fonctionne.
Un film aussi ambitieux ne pouvait pas faire consensus.
La presse française ne s'accorde sur rien. Libération et Le Monde tranchent net : Nolan viderait le poème de son esprit d'aventure au profit d'un imaginaire standardisé : « piteux spectacle ». Le Figaro et Le Point saluent au contraire une fresque qui rafraîchit la mémoire du mythe sans jamais peser. Le public, lui, ne discute pas : il plébiscite.
J'ai regardé rapidement ce qui s'en dit hors de nos frontières :
• Outre-Manche, c'est un sacre : meilleur score Rotten Tomatoes de toute la carrière de Nolan, devant Oppenheimer.
• En Allemagne, la presse spécialisée est sévère, et une polémique parallèle s'emballe sur les accents américains du casting.
• La Grèce vit mal l'absence quasi totale d'acteurs grecs — malgré une subvention publique de 6,5 millions d'euros. Une blessure d'amour-propre, plus qu'une querelle de cinéphiles.
• Au Maghreb, c'est un tout autre débat qui s'est invité : des scènes tournées près de Dakhla, au Sahara occidental (territoire administré par le Maroc mais dont la souveraineté reste disputée, notamment par le Front Polisario), ont valu au film un appel au boycott signé par des cinéastes comme Almodóvar.
Une réserve, plus personnelle, et plus difficile à formuler. Séance après séance, je sens que j'entre de plus en plus difficilement dans ces films à grand spectacle. J'ai vibré davantage devant Nuremberg et La Bataille de Gaulle que devant Disclosure Day et L'Odyssée. Qu'en tirer ? Je ne sais pas vraiment.
Mon côté féminin qui prendrait le pas, même sur ce terrain-là ?
L'abondance de visionnages qui me rendrait plus exigeante ?
Ou simplement l'âge, avec son calme et son désir de profondeur ?
Je pose la question sans réponse toute faite.
Et puis la petite anecdote, pour finir sur un sourire : j'ai été quelque peu surprise de découvrir la fin heureuse de cette histoire. J'étais convaincue du retour dramatique du navire d'Ulysse provoquant le suicide de Pénélope. Légère confusion dans ma mémoire toujours aussi défaillante, avec le mythe de Thésée et de son père Égée : c'est Thésée qui devait hisser une voile blanche en cas de victoire sur le Minotaure, et qui rentre par erreur avec la voile noire. Égée, croyant son fils mort, se jette alors dans la mer qui portera son nom, la mer Égée. Deux mythes, deux voiles, une seule mémoire un peu fatiguée.

Treize films, donc, et un cinéaste qui continue de remplir les salles.

Mon Nolan préféré, celui qui me parle vraiment, restera toujours Interstellar. Peut-être parce que j'ai la chance d'avoir des filles... Note : paragraphe sur la presse compilée et écrite avec l'aide d'une IA




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