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L'inconnue

Deux acteurs sublimes, et c'est tout !

Il est une scène où tout est dit. Le geste, le silence, l'intensité du moment. J'aurais pu me lever, sortir dans la nuit parisienne avec cette image en tête, à me demander : "alors, finalement, qui est qui ? " Mais il restait un quart d'heure. Et ce quart d'heure-là, comme d'autres avant lui, était de trop !


L'Inconnue raconte l'histoire de David, photographe effacé, qui couche un soir avec une inconnue et se réveille le lendemain dans son corps à elle.

Le postulat est vertigineux, le sujet riche, impossible de rater son coup ; et pourtant !...

Commençons par ce qui fonctionne, parce qu'il faut leur rendre cette justice : Léa Seydoux et Niels Schneider sont extraordinaires. On les connaît en Madeleine Swann élégante, en Lady Margot flamboyante, en général Leclerc habité par la France… et les voir ici, à contre-emploi total, corps et voix empruntés à l'autre, relève de la performance pure. Ils portent le film à bout de bras, quand le scénario, lui, vacille. Leurs corps, troublants d'"anti-cinégénie" interrogent (Léa Seydoux transformée par sa récente grossesse, Niels Schneider à la limite de l'anorexie), mais permettent d'incarner en profondeur leurs personnages d'homme dans le corps d'une femme et de femme dans le corps d'un homme. Avec une petite couche supplémentaire, la différence d'âge entre le corps et l'esprit qui l'habite... vertigineux, je l'ai déjà dit !

MAIS... mais...!

Le récit est brouillon, ponctué de scènes qui n'apportent rien au fil narratif ; la photo est inégale, avec toutefois quelques plans magnifiques, mais interminables. La bande-son, autre grande faiblesse du film, appuie une émotion qui n'a pas besoin d'elle, perturbe une scène qui demandait le silence.

Et puis il y a la fin. Confuse, étirée, comme si Harari n'arrivait pas à quitter son propre film.

Ce clivage entre le sujet porteur et l'agacement du montage, je le retrouve dans les critiques parues depuis la sortie. La presse, dans sa majorité, salue l'audace du dispositif (un naturalisme paradoxal, un cinéma français rarement aussi frontalement spéculatif). D'autres voix, plus proches de mon ressenti, pointent des promesses non tenues et un scénario dont la fluidité n'est clairement pas la qualité première.

Le public, lui, tranche plus sévèrement encore : sur Allociné, l'écart entre la moyenne presse et la moyenne spectateurs est net*. Et de façon plus factuelle, les 3 spectateurs qui ont quitté la salle au beau milieu du film confirment ce rejet du homo-cinématicus moyen. Comme souvent, l'intelligentsia cinéphile pardonne à l'ambition ce que le spectateur ordinaire ne pardonne pas à l'ennui.

Reste que le film touche, du bout des doigts, à quelque chose qui me concerne directement : ce que devient une identité quand le corps ne coïncide plus avec ce qu'on croyait être soi. Le sujet me parle, forcément. Mais Harari l'effleure plus qu'il ne l'habite, trop occupé à multiplier les fausses pistes pour vraiment s'y arrêter.

Deux acteurs immenses, un cinéaste qui se perd en chemin : on ressort de la salle avec une déception, jusque là inconnue. *Note : collecte d'infos et rédaction du paragraphe sur la critique effectuées avec l'aide d'une IA

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