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Oser sortir la première fois

La main sur la poignée de la porte. Et puis rien. On n'y va pas.

C'est normal. La première fois, la deuxième, parfois la dixième, on prépare tout, on se regarde une dernière fois dans le miroir de l'entrée, et on rebrousse chemin. Ce n'est pas un échec, c'est une étape. Il faut essayer, et réessayer encore, jusqu'au jour où le cap est franchi — et il le sera, c'est certain, un jour ; alors pourquoi pas aujourd'hui ?


Et même ce jour-là, la porte n'est que le premier obstacle. Il faut encore descendre l'escalier en priant pour ne croiser aucun voisin, franchir le palier d'à côté en espérant qu'aucune porte ne s'ouvrira à notre passage, monter dans sa voiture, quitter son quartier pare-soleil baissé, car ici, chaque visage est un visage familier et la voiture, elle, est connue de tous.


Chaque mètre se négocie. Chaque obstacle, réel ou supposé, se franchit. Mais chaque seconde qui passe nous rapproche un peu plus de la liberté, alors on avance, pas à pas.


Et pourtant, même au cœur de la ville, noyée dans l'anonymat de la foule, les doutes sont toujours là.


S'arrêter à un feu rouge et sentir que les passagers de la voiture voisine nous regardent. Se garer, et redouter de croiser quelqu'un dans l'ascenseur du parking. Soutenir le regard des passants dans la rue. Passer devant des policiers en faction, le cœur qui s'accélère sans raison. Répondre au « Bonjour, je peux vous aider ? » d'une vendeuse, et s'entendre bafouiller un « non merci » qui pourtant aimerait être un « oui, avec plaisir ». Croiser un groupe de jeunes qui éclate de rire juste après notre passage, sans savoir si on en est la cause. Se sentir suivie. Se sentir épiée. Se sentir mal à l'aise, simplement.


On pourrait croire qu'à énumérer ainsi tous ces obstacles, je cherche à dissuader. C'est tout l'inverse. Parce que la plupart de ces obstacles n'existent que dans notre tête — et les autres, plus réels, se surmontent bien plus facilement qu'on ne l'imagine avant de les avoir vécus.


Chaque petit obstacle a sa parade

On choisit mieux l'heure de sortie de chez soi, pour ne pas tomber en pleine sortie d'école ou de bureaux. On apprend à descendre les escaliers l'oreille aux aguets, prête à remonter d'un étage si nécessaire. On gare sa voiture la veille dans un autre quartier, car il est finalement plus aisé de passer inaperçue à pied, au féminin, qu'au volant de son propre véhicule, dans son propre quartier. On sort en ballerines pour pouvoir accélérer le pas si nécessaire, avec dans son sac ces sublimes escarpins qu'on vient de recevoir juste à temps pour cette sortie — colis qu'on a pris soin de faire livrer dans une station pick-up automatique. On apprend, on anticipe, on assure, on enjambe les obstacles réels, on prend confiance. Il ne reste plus qu'à faire face aux obstacles imaginaires.


Le travail a été fait en amont

Des dizaines d'essayages pour savoir ce qui met en valeur vos atouts et dissimule vos petits défauts, la perruque choisie avec un visagiste-conseil, les ongles, les chaussures ( les extrémités parfaites, c’est le secret ;-) ), chaque détail pesé. Ce n’est pas parfait, le passing n'est pas garanti à 100 %, mais c'est vous, là, cette femme dans le miroir, et elle mérite de vivre au grand jour, détendue et épanouie.

Pensez à toutes ces femmes que vous croisez au quotidien : tee-shirt, jeans, baskets… franchement, avec votre jolie jupe et votre veste colorée, ce sac à main couture et vos sublimes talons 6 cm, vous les valez bien !


Ce regard de l'autre, qu'on imagine toujours pire qu'il n'est

La vérité, et elle est libératrice, c'est que 90 % des gens ne nous voient même pas. Ce qui attire un regard, ce n'est presque jamais la silhouette. C'est l'attitude : mal à l'aise, les yeux rivés au trottoir, les épaules rentrées, le pas trop rapide, le contact qu'on évite à tout prix. Votre attitude, voilà ce qui se remarque, bien plus que votre look ou votre silhouette.


Le secret ? Soyez fière. Ouvrez vos épaules, détendez le haut du corps, relevez le menton et regardez devant vous, loin devant, au-delà des regards croisés. Marchez léger, à petits pas — vous êtes une femme, laissez toute la féminité qui vous habite s'exprimer dans votre attitude, votre assurance, votre aura naissante.


Et si on vous dévisage, c'est peut-être pour une tout autre raison que celle qu'on redoute : "elle est charpentée, la nana... mais la classe quand même. J'aime bien sa veste. Je devrais lui demander où elle l'a trouvée... non, j'ose pas... dommage."


Et parfois, elles osent. Elles s'approchent, réalisent à qui elles ont vraiment affaire — et cela ne change rien. Leur première impression reste la bonne, et se traduit, bien souvent, par un compliment tout simple, qui suffit à rendre la sortie plus douce encore.

Encore et encore...

Et puis vient le retour à la maison, les yeux qui brillent, le cœur qui bat encore un peu trop vite. On programme déjà la prochaine sortie. Parce qu'une fois qu'on a passé cette porte-là, on a surtout envie de la franchir à nouveau, encore et encore.

1 commentaire


Claude
26 juin

Je me souviens de ma première sortie. Dans un document personnel, je l'ai relaté, de mémoire, car sur le moment je n'ai pas pensé à écrire. Voici ce que j'ai écrit bien plus trad. L'essentiel y est préservé.

Mi-janvier 2020 - Première sortie

J’avais compris depuis quelques semaines que c’était un événement inéluctable. Une force me poussait littéralement dehors. Je n’avais aucune idée de comment cela pouvait se passer, ni de ce que l’on pouvait ressentir. J’ai eu la chance d’être accompagnée d’une consœur plus expérimentée. Dans les minutes qui précèdent le plongeon dans le grand monde, je suis très stressée, très nerveuse. Dès que la porte de l’immeuble est passée, je respire un grand coup et le stress a…

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