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Sport et transidentité

Dernière mise à jour : il y a 3 jours

Le sujet sensible qui ne trouve pas de bonne réponse. Je participe régulièrement à des triathlons, inscrit au masculin. Mon temps lors de mon dernier triathlon au format L ( 1,9 km de nage, 90 km de vélo, 21 km de course à pied ) : 5h52 Ce chrono me classe 528e sur 809 hommes au scratch ( tous âges confondus ). Chez les femmes, ce même temps m'aurait placé 47e sur 112. Dans ma catégorie d'âge ( 59 ans : V4) : 21e sur 53 hommes Chez les femmes de la même catégorie, ce temps m'aurait valu la 2e place.. Donc un podium. J'assume la limite du chiffre : trois concurrentes V4, c'est un échantillon trop mince pour prouver quoi que ce soit à lui seul. Mais le changement de nature entre les deux ratio reste intéressant : un résultat quelconque chez les hommes correspond à une marche du podium chez les femmes, pour un même temps de course. Voilà, en une phrase, tout le débat.

Je précise d'emblée, parce que la précision est ici un devoir, que je ne suis pas hormonée. Je ne fais pas partie du débat scientifique le plus disputé, celui de savoir si la modification hormonale efface ou non l'avantage acquis pendant une puberté masculine. Mon exemple n'y répond pas. Il illustre seulement ce que personne ne conteste sérieusement : un cœur plus grand, un débit sanguin plus généreux, une proportion plus importante de fibres musculaires rapides, une capacité pulmonaire et un VO2 max plus élevés en moyenne, une morphologie générale... tout cela reste acquis, brut, chez un corps resté masculin. (Chiffres à vérifier au cas par cas selon les sources, mais l'ordre de grandeur ne fait pas débat : 10 à 20 % de VO2 max en plus, 40 à 50 % de masse musculaire rapide en plus.)

1/ Lia Thomas (natation, USA) — 1ère championne NCAA Division I ouvertement transgenre, 500 yards nage libre, mars 2022 (4:33.24).

2/ Hannah Mouncey (handball/AFL, Australie) — Pas de titre individuel majeur ; parcours marqué par l'exclusion du repêchage AFLW 2017 et la sélection en équipe nationale féminine de handball dès 2018.

3/ Tifanny Abreu (volley-ball, Brésil) — Record de points en un match de la Superliga brésilienne (39 points), janvier 2018, face à une équipe comptant trois médaillées d'or olympiques.

4/ Veronica Ivy (cyclisme sur piste, Canada) — Championne du monde Masters de vitesse individuelle (35-44 ans), 2018, titre renouvelé en 2019.

5/ Laurel Hubbard (haltérophilie, Nouvelle-Zélande) — 1ère athlète transgenre aux Jeux olympiques (Tokyo 2021) ; médaille d'argent aux Mondiaux 2017.

6/ Valentina Petrillo (para-athlétisme, Italie) — 1ère femme transgenre à concourir aux Jeux paralympiques (Paris 2024) ; 2 médailles de bronze (200m et 400m) aux Mondiaux de para-athlétisme 2023.

Ma conviction ne s'est pas construite là, mais en me déplaçant, en pensée, du côté d'une femme cisgenre qui s'entraîne depuis vingt ans pour ce podium-là, ce record-là, cette qualification-là, et qui les verrait filer, un jour de grande compétition, parce qu'une concurrente se sentant femme aurait malgré tout choisi de faire usage de son corps resté masculin pour performer. Nous demandons à la société un effort de compréhension considérable sur nos prénoms, nos corps, et d'acceptation de nos parcours. Il serait pour le moins déplacé de demander cet effort-là sans en consentir un, nous-mêmes, en retour non ? Ne pas priver une femme cisgenre de ce qui lui revient : c'est bien le moins. Photo : Cécé Telfer première de la finale du 400 mètres haies NCAA 2019

On m'oppose parfois, avec de bonnes intentions, l'argument du nombre : les femmes trans seraient rarissimes dans le sport de haut niveau, sous-représentées même. C'est vrai, et vérifié. Sauf qu'une statistique, aussi rassurante soit-elle, ne garantit jamais un résultat individuel de zéro. Il suffit d'un podium, d'un seul, pris à la mauvaise personne. La rareté n'est pas une garantie. C'est une moyenne. Et une femme cisgenre qui perd sa place ne se console pas avec une moyenne. Photo : Veronica Ivy, 1m 80, 70 kg, championne du monde master de vitesse sur piste


Reste la question du vide, de ce qui adviendrait sans aucune règle vérifiable. L'histoire du sport y a déjà répondu, dans un tout autre registre : les nageuses est-allemandes des années 1970 et 1980, portées par un dopage d'État aux hormones masculines, ont dominé les podiums et les records mondiaux tant qu'aucun contrôle sérieux n'existait. Je ne fais aucun rapprochement entre une identité et une fraude organisée, ce serait malhonnête, mais la frontière du sport féminin a déjà été exploitée, faute de cadre. Rien ne dit qu'elle ne le serait pas encore, ailleurs, autrement, si l'on écoutait ceux qui réclament l'absence pure et simple de règles.


Pour finir, un angle qui mérite qu'on s'y arrête : un homme trans sous testostérone, même performant, ne rattrape en général pas ses pairs masculins cisgenres : Chris Mosier, pionnier américain du triathlon et du duathlon chez les hommes trans, a terminé 142e sur 433 concurrents à un championnat du monde de duathlon : honnête, dans la moyenne, loin d'y dominer quiconque. Le débat, lui, ne s'intéresse presque jamais à cette moitié-là de la question. Il se concentre, presque exclusivement, sur les corps des femmes trans. Cela dit quelque chose, également, sur le regard porté aux corps féminins dans le sport, au delà de la physiologie elle-même.

Comme souvent, il n'existe pas de bonne réponse définitive et valable partout. Je crois, en réalité, que laisser chaque fédération trancher pour sa discipline est une voie sage : ce qui vaut pour la gymnastique au sol, la danse ou la natation synchronisée ne vaut pas forcément pour la boxe ou le rugby, et vouloir une règle unique, de la pointe à la mêlée, serait sans doute une erreur.


En parlant de danse, on notera le parcours extraordinaire de Jin Xing (“étoile d’or” en mandarin), ex-colonel de l’armée de libération chinoise, danseuse, chorégraphe et égérie Dior.

Je pense malgré tout qu'il faut, chaque fois, se placer du côté de ces femmes cisgenres qui verraient vingt ans d'entraînement acharné anéantis en une course par une concurrente trans. Qui pourrait raisonnablement lui en vouloir de se sentir lésée ? Je ne vois donc pas, de ce point de vue-là, comment une réponse tranchée ne serait pas, au fond, acceptable. MàJ 19 aout 2026 Halba Diouf poursuit la fédération française d'athlétisme https://www.lemonde.fr/sport/article/2025/12/17/denoncant-des-stereotypes-et-des-prejuges-la-sprinteuse-transgenre-halba-diouf-poursuit-la-federation-francaise-d-athletisme-pour-discrimination_6658443_3242.html Note : recherche documentaire et paragraphe sur les données médicales réalisés avec l'aide d'une IA

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