Une messe sur les Champs-Élysées
- Glawdys de Villandry

- 14 août
- 6 min de lecture
Dernière mise à jour : il y a 2 jours
Le 26 septembre 2026, une messe sera célébrée par
le Pape Leon XIV à la Concorde et sur les Champs Elysées.

J'ai appris la nouvelle presque par hasard et elle m'a réjouie. Je suis catholique, je ne m'en excuse pas, comme les 500 000 personnes qui y sont attendues. Mais cette joie n'empêche pas une question :
Pourquoi les Champs Elysées ?
Car le 26 septembre, ce ne sera pas une messe dans une église, ni même dans un stade ou sur un terrain privé, ou conçu pour accueillir une foule. Cette célébration religieuse rassemblera plusieurs centaines de milliers de personnes sur la place de la Concorde et les Champs-Élysées, dans l'un des lieux les plus symboliques de Paris et de la République. L'État prendra en charge les dépenses relevant de la sécurité républicaine, tandis que l'Église financera l'organisation pastorale de l'événement. Rien de cela n'est, en soi, contraire à la laïcité. La loi de 1905 garantit le libre exercice des cultes, sous réserve des restrictions nécessaires à l'ordre public.
La question est ailleurs : selon quels critères l'État facilite-t-il l'exercice public d'un culte, et ces critères seront-ils les mêmes demain pour les autres ?
Une invitation soutenue par le président
Le voyage de Léon XIV en France, du 25 au 28 septembre 2026, est officiellement présenté comme un voyage apostolique. Le Saint-Siège indique qu'il répond à l'invitation du chef de l'État, des autorités ecclésiastiques françaises et du directeur général de l'UNESCO. La Conférence des évêques de France a précisé que le cardinal Jean-Marc Aveline avait officiellement invité le pape, une invitation appuyée par Emmanuel Macron lors de leur rencontre à Rome le 10 avril : de quoi établir une implication présidentielle réelle dans la venue du pape en France, mais pas encore dans le choix précis des Champs-Élysées.
Ce choix relève de l'organisation du voyage, en lien avec les autorités publiques. Les organisateurs ont eux-mêmes expliqué qu'ils avaient retenu ces lieux en raison de leur capacité d'accueil et de leur caractère symbolique.
Le symbole... nous y reviendrons.
Ce qui se prépare le 26 septembre est donc à la fois un événement religieux et un événement qui mobilise la puissance publique : l'Église organise et finance sa célébration ; l'État assure ce qui relève de ses responsabilités régaliennes.
Pourquoi les Champs-Élysées ?
La France n'a évidemment pas découvert en 2026 qu'elle pouvait recevoir un Pape sans renoncer à sa laïcité. Jean-Paul II était venu en 1980. Benoît XVI était venu à Paris en 2008 et y avait célébré une messe aux Invalides.

En 1997, les Journées mondiales de la jeunesse avaient surtout montré qu'un rassemblement catholique pouvait atteindre une ampleur considérable sans que la messe de clôture soit organisée sur l'une des grandes avenues de la capitale. Plus d'un million de jeunes s'étaient alors retrouvés à l'hippodrome de Longchamp.
Cette fois, le choix est différent.
La capacité d'accueil est évidemment un argument sérieux : il faut pouvoir recevoir plusieurs centaines de milliers de personnes. Mais les organisateurs revendiquent aussi le caractère symbolique du lieu. Les Champs-Élysées sont connus de tous ; ils appartiennent à l'imaginaire national et à celui de Paris.

C'est un lieu qui a entendu le pas des bottes allemandes, où le Général de Gaulle a célébré la Libération (accompagné des généraux Juin, Koenig et Leclerc), qui a reçu les célébrations du bicentenaire de la Révolution, la folie des victoires de 1998 et 2018, mais aussi La Grande Moisson de 1990 et l'hommage à J. Hallyday...
Des événements qui symbolisent ce que nous sommes : un peuple qui ne s'avoue jamais vaincu, un peuple qui parfois, guide le Monde vers un avenir meilleur, un peuple qui malgré son infime part de la population mondiale, parvient à briller au niveau sportif, individuellement et collectivement, un peuple de la terre, un peuple humain... et donc ce mois de septembre, un peuple avec mille ans d'histoire chrétienne...
La logistique a bon dos !
Une messe sur les Champs-Élysées n'est pas seulement une messe capable d'accueillir beaucoup de monde. C'est aussi une célébration religieuse qui prend place dans un décor politique, historique et national exceptionnel.
Et c'est précisément ce qui rend la question intéressante.
Et la laïcité dans tout ça ?
Je ne crois pas que l'on puisse sérieusement soutenir que la présence du Pape dans l'espace public serait, par elle-même, contraire à la laïcité.
La République ne demande pas que les religions disparaissent de l'espace public. Elle garantit leur libre exercice, dans le respect de l'ordre public. L'État peut donc sécuriser un rassemblement religieux comme il sécurise d'autres rassemblements de grande ampleur.
La question plus délicate est celle de l'égalité de traitement.
En avril 2026, la Rencontre annuelle des musulmans de France, organisée au Parc des expositions du Bourget, avait été interdite par le préfet de police. Le tribunal administratif de Paris a suspendu cette interdiction, considérant notamment que les risques de troubles à l'ordre public invoqués n'étaient pas suffisamment établis et que les organisateurs avaient prévu des mesures de sécurisation supplémentaires.
La comparaison avec la venue du Pape a évidemment ses limites. Les événements ne sont pas de même nature, les lieux ne sont pas les mêmes et les circonstances de sécurité peuvent différer.
Mais c'est justement là que se situe ma question.
Le principe de laïcité n'impose pas que toutes les manifestations religieuses soient traitées de manière identique. Il impose en revanche que l'État puisse justifier ses décisions par des critères objectifs, indépendants de la religion concernée.
Le 26 septembre ne donnera donc pas aux autres cultes un droit automatique aux Champs-Élysées.
Il posera néanmoins une question simple : si demain une autre confession souhaite rassembler plusieurs centaines de milliers de personnes dans un lieu public aussi symbolique, quels critères l'État invoquera-t-il pour accepter ou refuser cette demande ?
Ce qu'un président engage dépasse sa personne
Emmanuel Macron ne se représentera pas en 2027. Le président qui lui succédera n'aura choisi ni la venue de Léon XIV, ni son calendrier, ni les décisions prises avant son arrivée.
Pourtant, il héritera de l'État tel qu'il aura été conduit avant lui.
C'est une idée profondément inscrite dans la Ve République. La Constitution de 1958 porte la conception gaullienne d'un État fort et continu, dans lequel le président n'est pas seulement le titulaire provisoire d'un mandat. Son article 5 lui confie notamment la mission d'assurer « la continuité de l'État ».
Le président exerce donc une fonction qui le dépasse.
Si le choix d'accueillir le Pape dans cet espace public devient demain une référence pour la manière dont l'État traite les grandes manifestations religieuses, ce choix ne restera pas attaché à la personne d'Emmanuel Macron. Il pourra devenir un élément de la pratique de l'État, dont son successeur devra tenir compte.
Il pourra choisir la continuité et considérer que, lorsque les conditions sont comparables, les mêmes possibilités doivent être ouvertes aux autres cultes.
Il pourra aussi considérer que les circonstances ne sont pas comparables et maintenir des régimes différents.
Dans ce cas, il faudra pouvoir expliquer pourquoi.
Et si je pose cette question, ce n'est pas malgré ma foi
Je suis catholique. La venue du Pape à Paris me touche et je me réjouis de le voir célébrer la messe au cœur de la capitale. Je n'ai pas envie de relativiser cette joie au nom d'une conception abstraite de la laïcité.
Si Emmanuel Macron entend simplement permettre à un Pape accueilli officiellement en France de rencontrer le plus grand nombre de fidèles dans un lieu accessible et symbolique, je n'y vois rien qui me choque.
Si cette décision s'inscrit aussi dans une volonté de rappeler la place particulière qu'occupe le christianisme dans l'histoire de France, je ne suis certainement pas la mieux placée pour m'en plaindre.
Mais une conviction personnelle, même respectable, ne peut pas devenir à elle seule un principe d'action de l'État. Un président engage une fonction, pas seulement un mandat, et surtout pas seulement sa propre foi.
Et cette fonction, on l'a vu, se transmet. En 2027, si l'on en croit les sondages de cet été, le second tour pourrait opposer Marine Le Pen, ou Jordan Bardella si la justice devait l'en empêcher, à Jean-Luc Mélenchon : d'un côté une famille politique qui revendique ouvertement les racines chrétiennes de la France, de l'autre une famille politique régulièrement accusée par ses adversaires de complaisance envers l'islam politique. Peu importe, au fond, laquelle l'emportera. Le vainqueur héritera d'un précédent qu'il n'aura pas choisi, et devra dire, avec les mots de sa propre famille politique, ce que la France doit désormais à chaque culte qui frappe à la porte de ses avenues. Un président d'extrême droite, acquis à l'idée d'une France aux racines chrétiennes, saura-t-il appliquer demain, à une demande musulmane comparable, le même principe qu'il aura célébré pour Rome ? Un président d'extrême gauche, prompt à dénoncer l'islamophobie, osera-t-il refuser cette demande, ou l'accepter au risque de raviver, cette fois dans l'autre sens, l'accusation de favoritisme ?
Je serai donc parmi les catholiques heureux d'être là le 26 septembre. Mais j'aimerais que la République sache déjà, avant qu'on ne le lui demande un jour avec moins de bienveillance que moi, ce qu'elle répondra.
Parce que la laïcité ne consiste pas à effacer les religions de l'espace public. Elle consiste à faire en sorte que, lorsqu'elles y entrent, l'État ne choisisse jamais ses favoris, quelle que soit la couleur de celui qui, ce jour-là, sera à sa tête. Les réactions de la Presse : • Marianne https://www.marianne.net/agora/humeurs/u-ne-messe-celebree-par-le-pape-place-de-la-concorde-et-puis-quoi-encore
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