Le Pen / Mélenchon : noir c'est noir
- Glawdys de Villandry

- 6 août
- 6 min de lecture
Dernière mise à jour : 11 août
Et si on reparlait du vote blanc ?

Tout part d'un mème d'Albert Dupontel qui circule sur les réseaux : on nous fait choisir entre le pire et le moins pire. En dessous, des centaines de commentaires, de gens qui votent sans doute différemment mais qui s'accordent sur un point : le vote blanc mérite mieux qu'un strapontin statistique. Mon analyse.
Depuis 2014, le vote blanc est compté... mais il ne compte pas ; et c'est bien tout le problème. On le distingue enfin du vote nul, on le mentionne dans les résultats, et puis il disparaît des commentaires, anéanti par l'abstention : aucune incidence sur le score des candidats, aucun poids dans les seuils électoraux, juste un geste civique réduit à une ligne dans un tableau.
Étonnamment, le clivage habituel ne suit pas celui sur le vote blanc : ce n'est pas la droite contre la gauche, c'est différent, plus proche d'une opposition philosophique bien plus ancienne, que j'ai découverte en préparant ce papier :
Le suffrage est-il un acte de désignation, ou un acte d'expression ?
Sieyès et Talleyrand, architectes du régime représentatif, penchaient pour la première option : l'élection sert à choisir des gouvernants, point !
Rousseau, lui, aurait sans doute vu dans le vote blanc actuel la preuve de ce qu'il dénonçait déjà : le peuple est libre le temps d'un bulletin, esclave aussitôt après.
Deux siècles plus tard, Natacha Polony, que je lis avec constance et dont je vous conseille la lecture ( le mensuel L'Audace et son dernier opus, La France corps et âme ), reprend cette intuition à sa manière : ceux qui votent blanc, dit-elle, veulent signifier que la démocratie leur a été confisquée. Elle-même vote blanc au second tour depuis des années. Je ne le fais pas, mais je la comprends.

Ce n'est pas un débat neuf. La catégorie même de « suffrage exprimé », qui sert aujourd'hui à exclure le vote blanc, a été inventée en 1817 par la loi Lainé, sous la Restauration — par des monarchistes qui avaient pourtant fait de l'abstention leur propre arme d'opposition quelques années plus tôt. Napoléon III a enfoncé le clou en 1852, en assimilant formellement le bulletin blanc au bulletin nul. La première proposition de loi pour sortir de cette impasse remonte à 1880, portée par le député Agénor Bardoux. Rejetée. Comme presque toutes celles qui ont suivi pendant plus d'un siècle — jusqu'à ce que trois centristes, François Sauvadet, Jean-Louis Borloo et Charles de Courson, déposent en 2012 un texte qui fit légèrement avancer les choses : leur ambition initiale allait plus loin que la loi finalement votée : ils visaient l'intégration des votes blancs aux suffrages exprimés. Le Gouvernement s'y est opposé, invoquant des "difficultés juridiques" ; le Parlement a suivi. Ce qui reste, promulgué le 21 février 2014, n'est donc que la part consensuelle du projet — distinguer le blanc du nul, sans toucher au résultat. Un "progrès démocratique", a-t-on dit dans l'hémicycle. Un progrès parfaitement inutile, comme souvent.
D'autant que l'abstention et le vote blanc augmentent élection après élection.
Avec un bond dans les communes de moins de 1000 habitants lors des municipales de 2026, suite au changement de mode de scrutin ( avec la volonté de mettre en place la parité, comme le reste du territoire, le principe de panachage qui permettait à un électeur de "choisir" un à un les conseillers municipaux, a été supprimé ).

Il y a mille théories sur les raisons du vote blanc/abstention.
Une en particulier me perturbe, c'est le rejet complet, de tel ou tel projet, pour une raison personnelle. Je m'explique : on m'interroge parfois sur la cohérence ( ou plutôt l'incohérence ) entre mon orientation politique "gaulliste / droite républicaine à tendance conservatrice", et ma situation de femme transgenre.
"Comment peux-tu soutenir LR, avec son patron B. Retailleau qui est transphobe ?"
La raison assez simple, et, à mon humble avis devrait guider le vote de chacun : on ne choisit pas un président, un député, même un maire par rapport à des particularités personnelles, des revendications communautaires, des envies individuelles ! On choisit des représentants pour qu'ils mènent le pays et le peuple tout entier dans la bonne direction, pas pour qu'ils passent leur temps à se pencher sur des particularismes.
Aller à l'essentiel, focaliser sur les missions régaliennes, et le reste suivra. À force d'avoir voulu s'occuper de tout, nos présidents, gouvernements et assemblées successives, ont délaissé l'essentiel. Des élus républicains, de droite et de gauche, dont on pouvait raisonnablement penser qu'ils ne mettraient jamais en place de systèmes discriminatoires. Et aujourd'hui, le pays s'enfonce, les communautés revendiquent toujours davantage, la nation est fracturée en une multitude de communautarismes, et on risque un second tour des présidentielles extrême droite / extrême gauche.
Bien joué !
Et donc, que faire ?
D'une manière ou d'une autre, il faudrait remettre les compteurs à zéro. De nouvelles têtes ( l'effet Macron 2017 ), de vrais leaders ( les deux films sur de Gaulle sont en l'espèce tellement cruels quand on compare ces hommes à nos dirigeants actuels... ), des programmes concentrés sur l'essentiel ( je repense au programme délirant de Bruno Le Maire en 1200 pages, ou celui de Mélenchon 2017 en des centaines de points qui traitaient de tout et de n'importe quoi ), et pour finir, il me semble essentiel que les journalistes fassent enfin leur job d'informer, de "fast-checker" et "debunker" comme on dit aujourd'hui, et non de traquer la petite phrase, la soit-disant intention cachée, le rapprochement insupportable ou le faux pas mal-pensant.
Et bien-sûr, puisque c'est le sujet de cet article, regarder les choses en face sur le rejet colossal du politique par nos concitoyens, en prenant réellement en compte le vote blanc.
Le dispositif qui a ma préférence, et qui est évoqué régulièrement en France, sans jamais être défendu, ressemble beaucoup au dispositif en place en Colombie :
vote blanc comptabilisé parmi les suffrages exprimés ;
au-delà de la moitié des voix, élection annulée ;
nouveau scrutin organisé dans la foulée, entre vingt et quarante jours ( le délai prévu par notre Constitution en cas de dissolution ) ;
le mécanisme ne joue qu'une fois : si le vote blanc reste majoritaire au tour suivant, on s'arrête là, pour ne pas plonger le pays dans une valse électorale sans fin ;
bulletins blancs mis à disposition dans les bureaux de vote ;
seule l'élection présidentielle resterait à l'écart, faute d'une réforme constitutionnelle qu'aucune majorité n'a jusqu'ici voulu porter ( et pourtant, il faudrait aussi, et peut-être surtout que l'élection présidentielle entre dans le processus ).
Reste que je ne suis pas assez pointue pour envisager tous les risques d'un système où le vote blanc pourrait annuler une élection, pire... disqualifier des candidats pour le second vote, comme cela est évoqué parfois.
Certaines pistes me convainquent, d'autres m'inquiètent :

Je suis favorable au vote obligatoire et à la comptabilisation réelle du vote blanc dans les suffrages exprimés. Les deux se tiennent : on ne peut pas exiger d'un citoyen qu'il se déplace sans lui garantir que son geste, même négatif, aura un poids. Certes, cela bouscule mon propre attachement à la liberté de vote, mais le vote obligatoire ferait disparaître l'abstention comme option : tout geste de rejet se concentrerait alors dans le seul vote blanc, sans la confusion actuelle entre les deux. Jean-Yves Dormagen apporte une précision qui va dans ce sens : "ce n'est pas l'abstention qui est le vrai geste protestataire, c'est le vote blanc". Le mécanisme d'annulation qui va avec est à consolider, mais reste défendable tel qu'il est borné dans le projet français. Je suis plus dubitative à l'idée de disqualifier les candidats pour le nouveau vote.
On a déjà du mal à trouver de bons dirigeants... et d'un autre côté, cela ferait peut-être enfin émerger de nouveaux talents.
C'est là que j'ajouterais volontiers ma pierre à la réflexion : plutôt que d'écarter les candidats battus, je verrais bien un référendum organisé dans la foulée de l'annulation, pour dresser la liste des sujets que les nouveaux candidats ( les mêmes ou d'autres ) devront obligatoirement traiter.
Le vote blanc dirait non aux hommes et aux femmes proposés ;
le référendum dirait ce que le pays attend, concrètement, des suivants.
On retrouverait une part de l'esprit gaullien : interroger directement le peuple sur le fond, pas seulement sur les visages qu'on lui présente. Reste une question que je n'élude pas : qui rédigerait les termes de ce référendum ? Les mêmes partis que les électeurs viennent de sanctionner ? Je n'ai pas de réponse toute faite.
Ce débat n'a rien de théorique pour qui regarde les sondages de la présidentielle à venir. Un second tour opposant l'extrême droite à l'extrême gauche n'a plus rien d'un scénario d'école, et une partie d'entre vous se retrouvera forcément devant le dilemme du mème qui a lancé cet article : aucun candidat acceptable, seulement un choix entre deux refus.
Voter blanc, dans le cas où il serait pris en compte, ne serait plus un supplément d'âme démocratique. Ce ne serait pas se dérober, mais se déplacer pour dire non, avec toute la dignité que cela suppose. Ce serait la seule position honnête, et peut-être la seule façon de faire bouger les lignes.
À condition d'être pris en compte. Et pour 2027, c'est trop tard.
La solution ?
Voter massivement au premier tour pour les candidats républicains, et éviter le scenario catastrophe qui se profile.
Car dans l'état actuel du système, voter blanc ou s'abstenir, c'est finalement choisir de laisser le pire se produire.
Et le pire d'entre deux pires... c'est encore pire.

Nota : je n'ai pas pris le temps de vérifier l'authenticité de la citation d'A. Dupontel. Que soit lui ou un autre qui l'ait prononcée a finalement peu d'importance.
Note : Paragraphe de rappel historique écrit par une IA




Je ne suis pas favorable au vote blanc qui me semble plus être porteur de problèmes que de solutions. Ceci dit j’aime bien ton idée d’annulation de l’élection en cas de victoire du blanc. Et si ça contribue à la réduction de l’abstention, alors pourquoi pas. Sinon, globalement ok avec toi : Vote obligatoire, vote blanc comptabilisé avec mécanisme d’annulation et surtout, dans le cadre de la présidentielle de 2027, vote utile au 1er tour pour favoriser le candidat démocrate et républicain le mieux placé (des ecolos intelligents à la droite intelligente 🤪).