Paris : le vélo dépasse la voiture
- Glawdys de Villandry

- 9 août
- 3 min de lecture
Dernière mise à jour : il y a 3 jours
ou comment multiplier les distances par 50 !
67 mètres. C'est la distance, à vol d'oiseau, à laquelle je suis passée de ma destination, vendredi dernier, au volant. Une minute de marche, pas plus. J'étais venue de banlieue, chargée, pour une soirée qui devait durer une bonne partie de la nuit ( le vélo, dans ces conditions-là, n'est pas vraiment une option, et le taxi m'aurait coûté entre 70 et 90 € l'aller-retour). J'ai donc pris la voiture, cherché une place avec la patience qu'on imagine, et à l'instant précis où je passais à ces fameux 67 mètres de mon but, le GPS m'a imposé un détour de 3,8 km, pour 13 minutes de conduite. Sens interdits, travaux, rues devenues 100% cyclables. Au mois d'août, un vendredi soir calme ; je n'ose imaginer la même parcours un jeudi de novembre à 19h.
Essayez, pour voir : 2 rue de la Chapelle, direction 105 rue Philippe de Girard, dans le 18e.


Deux points qu'un piéton ou un cycliste relie en un instant.
Qu'un chauffeur, lui, doit désormais contourner par un dédale que personne n'a dessiné pour la fluidité.
Je lis, ces derniers temps, que le vélo aurait dépassé la voiture en nombre de trajets à Paris, et que la création des pistes cyclables aurait été "déterminante" dans ce basculement. Déterminante, sûrement. Mais pas de la manière qu'on feint de célébrer. On n'a pas donné envie de pédaler. On a rendu la voiture impraticable, et on présente l'effet comme une conversion.
Je suis cycliste aussi, je fais dans les 3000 km par an, je n'ai aucune religion de la voiture, mais je sais distinguer une bascule forcée d'une adhésion.
Ce n'est pas la même chose de préférer le vélo et de ne plus avoir le choix.
Car derrière l'éviction de la voiture, il y a une population qu'on oublie systématiquement dans le récit : celle qui n'habite pas Paris. Le vélo, pour un trajet de centre-ville à centre-ville, très bien. Mais quand on vient de la grande couronne, avec des courses, du matériel, un enfant, une personne âgée à accompagner, ou simplement l'intention de rester tard, le vélo n'est pas une alternative, c'est une fiction qu'on vous propose sans jamais avoir eu à la vivre soi-même. La politique de la ville s'écrit pour ceux qui vivent dans le périmètre qu'elle dessine, et elle traite le reste comme une variable d'ajustement.
Ce qui m'amuse ( et je pèse le mot ) c'est le moment où j'invite des amis parisiens à venir faire la fête chez moi, en banlieue. Et où je demande, l'air de rien, d'apporter quelques chaises, deux ou trois bouteilles. Le silence qui suit est éloquent. On découvre alors, en creux, ce que la voiture rendait invisible : qu'on ne se déplace pas de la même façon quand on transporte quelque chose, quand on a bu un peu, qu'il est 3 heures du matin, et que l'on doit repartir avec ses chaises dans le vélo cargo. On touche du doigt le fait qu'une ville qui organise méthodiquement l'expulsion de l'automobile organise, du même geste, l'expulsion de tous ceux qui ne vivent pas à distance de marche de tout, et organise ainsi la fracture Parisiens / non Parisiens ( les barbares ).

On peut vouloir moins de voitures à Paris. C'est un choix politique légitime, et je ne le conteste pas par principe. ( bien que l'argument de la pollution devienne de plus en plus bancale avec l'avènement des véhicules électriques ). Mais qu'on cesse de l'habiller en récit de conversion douce, où le Parisien aurait spontanément préféré la petite reine. La vérité est plus simple, et plus honnête à dire : on a rendu la voiture insupportable, et on a appelé ça de l'incitation. Et ce qui ne manque pas de sel, c'est de voir des formations politiques si promptes à traiter leurs opposants de fascistes, organiser, sur ce sujet précis, l'exclusion méthodique, discriminatoire et unilatérale de tout un pan de la population, celle qui, sans même avoir déménagé, habite dorénavant trop loin pour être invitée à la table. Un peu de franchise ne nuirait pas à la cause. Note : visuel généré avec l'aide d'une IA ( mais ça, vous l'aviez deviné ! ;-) )




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