"Unorthodox Pianist"
• Jeremy Hababou - Palais des Glaces •

Cinq femmes singulières, un jeudi soir au Palais des Glaces, quelques décennies d'écart entre nous, et des oreilles à peu près aussi variées.
De quoi avoir, sur la soirée, des avis qui ne se recoupent pas tout à fait — et c'est ce que l'on aime.
Jeremy Hababou s'installe, joue trois notes, il transpose, il jazz, il chante et il parle (beaucoup) :
Mozart, puis Barbara, Schumann puis du Rap, Varsovie puis Tunis… son grand-père qui "fait l'américain" — on passe de l'un à l'autre pendant une heure et demie, sans partition visible, sans filet, mais avec une certaine aisance, malgré des textes de transition pas toujours très adaptés.
Je me suis surprise à penser, dès les premières minutes, à un autre spectacle, un vrai coup de cœur : "Toute l'histoire de la peinture en moins de deux heures", d'Hector Obalk. Même recette — survoler un territoire immense, assener des formules-chocs, parfois injustes mais toujours stimulantes. Sauf qu'Obalk, lui, est brillant, il improvise jusqu'au dernier mot. Jeremy Hababou... l'est parfois ; pas toujours.
Et c'est là, je crois, que la soirée se joue à deux niveaux.
Il y a le Hababou qui réinvente Mozart façon Maghreb avec une jubilation communicative, qui redonne tout son éclat à Saturne de Brassens, qui transporte au piano le phrasé de Barbara, qui ose marier Aya Nakamura et Paul Verlaine — et ça marche, contre toute attente.
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Et il y a celui qui, entre deux morceaux, vous assène : « après Wagner, les compositeurs ne savaient plus quoi inventer », comme ça, sans rire, ou qui s'imagine sur la scène de « The Voice America ». Pas forcément utile.
Les plus mélomanes tiqueront sur le fond — sur Wagner expédié en une phrase et réduit à sa Chevauchée des Walkyries, Beethoven à Élise ou à la 5ème Symphonie — et même, pour l'oreille la plus exercée de notre petit groupe, sur un toucher qui manque parfois de finesse, en classique comme en jazz (je n'ai pas cette oreille-là, mais je la crois sur parole).
Le public moins affûté, lui, vivra sans doute la soirée autrement : on reconnaît un standard de jazz, une mélodie classique popularisée par une pub ou un film, et ça suffit à faire plaisir. Le fil rouge, en revanche, lui échappera tout autant — trop de styles, trop de noms en une heure et demie, et ce léger décrochage sur certains artistes évoqués. Pour l'une c'était Satie, pour l'autre Brassens. Et puis il y aura toujours, dans la salle, celui qui chantera en chœur sur du Céline Dion, rira franchement (… très franchement…) et rentrera chez lui convaincu d'avoir vécu une vraie soirée culturelle. Ce qui, après tout, n'est pas rien.
Alors, au final ?
Une soirée agréable. Un vrai talent, une présence, un certain sens du contact avec le public.
Mais un texte qui mériterait d'être un peu plus exigeant avec lui-même — et un peu moins sûr de ses raccourcis.
On en sort distraite. Pas transportée.





J’ai passé un bon moment avec ce spectacle. Il commence avec Mozart, ce qui ne peut que me réjouir. C’est simple, pour moi, Mozart est le plus grand et chacune peut avoir ses préférences à l’intérieur de cette œuvre immense. Si j’ai passé un bon moment, j’ai aussi la sensation, qui ne m’a pas dérangée mais que je regrette, d’une occasion manquée. Il a suffisamment de talent et de connaissances pour avoir l’opportunité d’être un passeur. Or il s’en tient aux clichés que son public attend. Il aurait pu, même en s’appuyant sur les clichés, même si c’est céder à une certaine facilité, profiter de son audience pour aller au-delà. L’exemple le plus frappant concerne le passage sur Wagner. Il…